Michel Noël: ~Il faut .dé-folkloriser. l.image des nations indiennes d.Amérique du nord~

2004-01-30

SCARCIA, Robert

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2004/01-30/02-06 Michel Noël

Écrivain amérindien du Québec "Il faut ‘dé-folkloriser’ l’image des nations indiennes d’Amérique du nord" Robert Scarcia

Español M?tissage, relations interculturelles et image des indiens d?Am?rique du nord en Europe. Des entr?es de plus en plus d?actualit? dans un monde o? la communication et la connaissance de l?autre sont plus imm?diates. Il s?agit ?galement d?arguments tr?s chers ? Michel No?l, un homme qui a pass? sa vie en s?engageant pour l?harmonisation des relations entre les peuples, et la recherche d?une meilleure entente entre les cultures. Nous avons eu la chance de parler ? ce Qu?b?cois d?origine am?rindienne qui ?tait de passage ? Bayonne. Vous êtes métis, qu’entendez-vous par là ? Du côté de ma mère je suis de souche québécoise, Canadien Français, alors que du côté de mon père je suis Algonquin. Les Algonquins étaient un peuple nomade de chasseurs-cueilleurs. Á l’époque de mon enfance, du temps où je vivais avec les Algonquins, j’ai connu la vie sur les trap-lines (‘lignes de trappe’) et les traîneaux à chiens. Il s’agit d’une culture orale où tout se transmet de bouche à oreille. J’ai hérité de cette tradition là… Á l’age de 14 ans, je savais à peine lire et écrire… Quand je suis parti à l’école, j’avais beaucoup de retard et je me trouvais en situation de rattrapage mais j’avais un sentiment d’urgence. Je voulais apprendre…Je me suis vite rendu compte que les gens avaient des préjugés par rapport aux Amérindiens… Robert Scarcia et Michel Noël. Comment avez-vous compris ces préjugés ? Á l’époque, et moi j’aurai bientôt 60 ans, la différence était beaucoup moins acceptée. Les gens avaient du mal à admettre des Amérindiens parlant une langue différente, pensant de façon différente. J’ai eu rapidement conscience de ne pas avoir la même notion du temps et de l’espace. Comment ça ? Par exemple, le temps chez les Amérindiens est lié au mouvement et ça se traduit dans la vie. Ensuite, les Amérindiens ont tendance à voir les choses de façon circulaire alors que la société occidentale réfléchit de façon linéaire. L’écriture chez les Blancs a fixé la façon de penser. Nous pouvons faire l’histoire du monde de façon linéaire. Quand je dis que les Amérindiens pensent de façon circulaire, j’entends par là qu’ils utilisent les catégories de l’alternance, comme celles du jour et de la nuit ou celles des saisons. Il arrive que le passé soit le futur et on vit le présent de façon intense. Le temps dans le passé s’arrête à l’expérience des gens connus, le père, le grand-père, peut être l’arrière grand-père. Comment votre expérience biographique se traduit-elle dans votre production culturelle ? Quand j’étais en forêt, mes aînés me recommandaient d’observer afin de voir des choses que d’autres ne voient pas, d’écouter des sons que d’autres n’entendent pas, de sentir des choses… Bref, de développer les sens. Le défi a été d’essayer de traduire tout cela à travers l’écriture. Je me suis dit qu’un bon écrivain était comme un bon chasseur. Et pour être un bon chasseur il fallait savoir développer les sens. Par ailleurs, j’ai passé ma vie à essayer d’être un ambassadeur entre les deux cultures qui composent mon identité. J’ai tenté d’élaborer des ponts, des passerelles entre les peuples amérindiens et québécois. Par exemple, j’insiste beaucoup sur l’importance de la langue. Je rencontre plus de 5 000 jeunes par an au cours des conférences que je donne dans les écoles. Pendant ces rencontres, je dis que les langues sont des architectures mentales qui vont véhiculer des valeurs et des sentiments. Je trouve que certaines langues véhiculent des concepts que l’on ne retrouve pas forcément dans d’autres langues… Par exemple ? Je me trouvais un hiver avec un ami amérindien sur un lac dans la toundra québécoise. Le nom du lac a été traduit en français comme ‘Champ Doré’, mais en langue autochtone ça a une signification différente. Quand je lui en ai demandé la signification, il m’a tenu à peu près ce langage : « tu sais, mettons que tu marches sur ce lac glacé et que tu t’éloignes de moi, il arrive un moment où je n’arrive plus à voir que c’est toi… Et toi, tu continues à marcher jusqu’à ce qu’à un moment donné tu deviennes un point noir à l’horizon et puis que tu disparaisses... Le terme autochtone rend compte de ce processus-là, de ce mouvement qui se poursuit jusqu’à la disparition. Art amérindien. J’ai essayé de trouver l’équivalent dans les langues que je connais, le français et l’anglais, et je ne l’ai pas trouvé. Donc moi, quand j’écris en français j’essaye de traduire ces architectures de pensée qui viennent du monde autochtone. Les Amérindiens ont parfois eu tendance à reléguer leur langue au second plan. Il s’agit d’une erreur et je souligne que les Québécois francophones ont dû également se battre afin de préserver et de consolider leur langue. Je ne connais pas beaucoup la situation du basque mais je sais qu’au Pays Basque le combat pour la langue est important et qu’il y a des similitudes. Où en sommes nous aujourd’hui au sujet des relations entre Québécois et Amérindiens ? Les relations sont passablement tendues. Il s’agit d’une question de territorialité. Les Québécois et les Amérindiens n’ont pas encore appris à partager le même territoire. Il y a un regain au niveau de l’affirmation identitaire et politique des Amérindiens. Mais si j’avais à décrire l’évolution du peuple québécois je dirais qu’ils étaient d’abord des colons français, puis des Canadiens français, puis des Québécois. Il y a là tout un processus d’enracinement sur le territoire. Les Amérindiens sont eux aussi attachés au territoire, ce qui est source de tensions. Il y a en revanche des signes positifs. Le gouvernement du Québec a récemment signé « La Paix des Braves » avec la nation Crie de la Baie James. Il s’agit d’une entente qui est en train de faire tache d’huile chez les autres premières nations amérindiennes et qui est en train de prendre l’allure d’une alliance. Le gouvernements du Québec semble comprendre que les Amérindiens sont incontournables : faire du développement hydroélectrique, faire du développement forestier ou touristique implique le fait de faire des traités avec les Amérindiens. Les Amérindiens sont organisés et capable de faire respecter leurs droits. Ce qui reste à faire au niveau social c’est d’oeuvrer sur le système d’instruction. Notre système d’éducation a créé un vide immense en n’informant pas les jeunes sur les incommensurables contributions des Amérindiens au Québec et au Canada. Pour avoir des projets de société en commun avec les premières nations du pays il convient avant toute chose de rendre justice à ce niveau là. Pays Basque-Quebec. Qu’auriez-vous à dire au sujet de l’image que les Européens se font des Amérindiens ? Souvent, les Européens ont une image très folklorique… Il faut ‘dé-folkloriser’ l’image des Amérindiens ! Il s’agit d’expliquer que les Amérindiens sont des gens modernes, qui travaillent avec des ordinateurs… D’autant que le même processus est arrivé aux Québécois qui ne sont plus seulement des paysans et de bûcherons… Mais ils n’en sont pas moins Québécois pour autant ! Au contraire, ils ont pris conscience de leurs intérêts et de leur culture. Pour les Amérindiens, c’est la même chose, ce n’est pas parce que les Amérindiens ne sont plus des trappeurs qu’ils sont moins Amérindiens… Au contraire, au cours des dernières année ils ont pris conscience de leurs droits et de leurs intérêts de façon extraordinaire. Michel No?l

Michel Noël se définit comme étant «un Québécois d’origine amérindienne » car il a vécu les quatorze premières années de sa vie en milieu algonquin dans le parc de la Vérendrye et la grande région de l’Abitibi. Michel Noël, en plus d’être un universitaire, est aussi un homme de terrain : il passe la majeure partie de son temps dans les réserves ou sur les territoires ancestraux. Sa production littéraire comprend plus de cinquante livres avec des albums pour enfants, des livres d’art ou d’artisanat, des pièces de théâtre, de la poésie, des romans pour adultes ou de littérature pour la jeunesse. Il a gagné le prix du Gouverneur général du Canada en 1997, pour sa contribution à l’harmonisation des relations entre les peuples. Il a été nommé Citoyen du monde par l’Association canadienne pour les Nations Unies (ACNU) pour son implication à la recherche d’une meilleure entente entre les personnes et les peuples. Invité par la section Pays Basque de l’Association France - Québec, Michel Noël était à Bayonne le 21 octobre 2003.

Pour connaître les ½uvres de Michel Noël : Librairie du Québec à Paris, liquebec@noos.fr
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